Depuis au moins l’existence de l’écriture[1], le droit organise la vie des hommes et leur bonne entente[2]. La traduction, l’un des plus vieux métiers du monde[3], est tout aussi fondamentale, notamment au regard de la paléolinguistique, dont une étude critiquée suppose l’existence d’un protolangage axé autour d’une vingtaine de mots à l’origine commune dans tous les langages humains, mais qui serait de l’ordre du mythe selon d’autres linguistes[4]. Aussi, la traduction s’est érigée en outil politique destiné à régir les territoires contrôlés par un souverain[5].

Encore aujourd’hui, la traduction est utilisée en tant que pont entre les cultures, mais pas seulement pour faire connaitre des œuvres littéraires : la traduction juridique connait un essor certain notamment du fait de l’internationalisation toujours plus croissante des échanges commerciaux. L’avènement de l’Union européenne est sans doute l’exemple le plus frappant à cet égard, tant la logique qui préside à cet organisme est de traduire ses textes (dont du droit, en bonne partie) dans la totalité des langues des États membres.

La formation du traducteur juridique

Si traduire est une vocation, comme l’affirme Isabelle Kalinowski[6], traduire le droit l’est aussi, mais exige en sus des compétences particulières. Il est coutume dans le secteur que les traducteurs aient pour formation principale les langues appliquées ou les langues et civilisations couplée à des formations courtes dans certains domaines du droit ; il est tout aussi fréquent que leur formation principale soit en droit et qu’ils connaissent une langue étrangère.

Comme le précise Judith Lavoie

Parmi les auteurs qui se sont intéressés à l’enseignement de la traduction juridique, un certain nombre s’est posé la question de savoir s’il faut être juriste ou traducteur pour traduire le droit. La plupart d’entre eux choisissent le juste milieu, alléguant que la double formation est la plus indiquée dans le cas qui nous intéresse[7].

Jean-Claude Gémar, pour sa part, affirme que

[…] un juriste qui ne serait pas formé à la traduction, à ses méthodes, à ses contraintes n’est pas plus qualifié pour traduire qu’une secrétaire d’entreprise, un comptable, un architecte, un médecin ou un plombier. Or, particulièrement au Canada, l’on considère qu’un avocat (ou une personne détenant un diplôme de droit), dans la mesure où il possède quelques rudiments de langue seconde ou troisième, est habilité ex oficio à traduire des textes de nature juridique[8].

Au contraire, David G. Reed soutient que

[Les] traducteurs ignorent trop souvent les nombreux problèmes d’ordre linguistique que présente le droit du Québec, et sont du même fait ignorants des différents concepts couverts par les mêmes termes[9].

En effet, le droit est très probablement une discipline et un langage tout à la fois. Pour traduire, connaitre la langue de départ et la maitriser à la perfection ne suffit pas : il faut également bien connaitre le jargon juridique de la langue source et de la langue cible, et cela revient presque à parler deux autres langues.

©Benjamin Aguilar Laguierce, 2020

Pour lire la suite de cet article, accédez à https://www.laguierce.com/traductologie/recherche/developpement/La_traduction_juridique-Benjamin_Aguilar_Laguierce.pdf


[1] Les tablettes sumériennes puis les codes d’Uurkagina, d’Ur-Nammu, d’Eshunna ou d’Hammourabi (tous datés d’environ 2000 av. J.-C.), par exemple. Voir FLACH Jacques, « Le code de Hammourabi et la constitution originaire de la propriété dans l’ancienne Chaldée », in Revue historique, Tome XCIV, Paris, 1907

[2] http://www.tradulex.com/Bern1998/Gemar.pdf

[3] https://www.atlf.org/le-plus-vieux-metier-du-monde/

[4] BRAVO Federico (dir.), Aproximaciones psicoanalíticas al lenguaje literario, Eduvim (Editorial Universitaria de Villa María), Collection “Cuadernos de investigación”, 2018, Córdoba (Argentina)

[5] Tel est le cas de la pierre de rosette, datant de 196 av. J.-C, ou encore de la « pierre de rosette » des hiéroglyphes maya découverte en 1935. On se reportera à S. J., « La “pierre de rosette” des hiéroglyphes maya », in Journal de la société des américanistes, tome 28 n°1, 1936.

[6] KALINOWSKI Isabelle, « La vocation au travail de traduction », in Actes de la recherche en sciences sociales, [En ligne], Volume 144, 2002.

[7] LAVOIE Judith, « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? », in Meta, journal des traducteurs, [En ligne], volume 48, numéro 3, septembre 2003.

[8] GÉMAR Jean-Claude, « La traduction juridique : art ou technique d’interprétation ? », in Meta, journal des traducteurs, [En ligne], volume 33, numéro 2, 1988.

[9] REED David G., « Problèmes de la traduction juridique au Québec », in Meta, journal des traducteurs, [En ligne], volume 24, numéro 1, 1979.

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