L’usine à bicyclettes

Allan Sillitoe

Traduit de l’anglais (britannique) par Benjamin AGUILAR LAGUIERCE

Il fourra un paquet de sandwichs et une gourde remplie de thé dans son sac en attendant que son père bataille avec une veste. Une fois dehors, ils entendaient mieux le grondement de l’usine à une centaine de mètres par-delà du haut mur. Les générateurs gémissaient toute la nuit, tandis que le jour les immenses fraiseuses qui s’affairaient autour de manivelles et de pédales dans la tournerie donnaient à la terrasse la sensation de vivre à portée de voix d’un être monstrueux atteint d’une maladie à l’estomac. Les désinfectants, la graisse et l’acier fraichement coupé imprégnaient l’air de cette banlieue où des maisons quatre pièces étaient construites autour de l’usine, les rues et les terrasses paraissaient accrochées à leur ventre et leur flanc comme des veaux tétant les pis de leur grande mère. Le département des expéditions de l’usine envoyait chaque année des caisses de bicyclettes dans des wagons parqués le long d’Eddison Road, stimulant le négoce d’exportation d’après-guerre (ou d’avant-guerre, pensait Arthur, car en ce moment une guerre pouvait commencer d’un jour à l’autre) et tachait d’étendre des pontons au-dessus d’une rivière turbulente où il était impossible de construire un pont, appelée la Sterling Balance. 

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